Décadence du journalisme : les faiseurs de scandales auraient ils oublié le sens du mot déontologie?

...Et je ne suis pas le seul à le dire. Cliquer sur l'image pour voir la page web d'où cette illustration est tirée ;).
…Et je ne suis pas le seul à le dire. Cliquer sur l’image pour voir la page web d’où cette illustration est tirée ;).

Bon décidément le mois de mars n’aura pas été un bon mois pour le blogging informatique! En effet je ne sors aujourd’hui de mon hibernation que pour pour publier l’un de mes rares articles non liés à ce sujet. J’estime en effet que le blogger d’aujourd’hui doit savoir s’intéresser à ce qui se passe autour de lui, être attentif à ce qui se passe dans le monde, et avoir un esprit critique à cet égard. Premier devoir du citoyen: s’informer. Comment s’informer? => en écoutant les informations, en lisant les nouvelles, etc. Dans l’ère du 21ème siècle, les médias n’ont jamais autant proliféré. Et pourtant c’est pitié de voir que dans le domaine du journalisme, le progrès technique et la modernité ne sont pas synonymes de vérité, mais bien plutôt de médiocrité. Et c’est ce qui m’amène à écrire aujourd’hui ce billet.

Je rappelle que les idéaux autrefois si nobles des journalistes étaient d’informer les gens. La recherche de la vérité, et de l’exactitude était alors le moteur du journalisme. Heureusement qu’il en reste encore quelques uns qui s’en souviennent dans la presse écrite. Hélas la plupart des journalistes du net et des autres médias ont jeté ces valeurs aux orties. Il est bien loin le temps où l’impartialité était de mise. Aujourd’hui les journalistes cherchent avant tout à vendre du contenu. Et dans ce but bassement commercial, ils sont prêts à:

  • dissimuler les informations qui sont susceptibles soit de ne pas intéresser une grande partie de la population, soit de ne pas plaire au public.
  • travestir la vérité pour rendre l’information plus alléchante
  • envelopper toute l’information d’un emballage émotionnel afin de jouer sur les émotions des gens
  • mettre des gros titres parfois de très mauvais gout et sans grand rapport avec le sujet de l’article juste pour accrocher le public
  • Interviewer plutôt les personnes susceptibles de raconter des inepties vendables même si elles n’ont aucune crédibilité, que des spécialistes qui réfuteraient un scoop douteux en deux phrases.
  • Inventer des scandales là où il n’y en a pas en présentant les choses d’une certaine manière pour faire réagir le public.
  • Alimenter artificiellement une polémique en ajoutant éventuellement de l’huile sur le feu.

Mais hélas, ce n’est pas tout. En effet, soit par paresse intellectuelle ou manuelle, soit pour faire du chiffre en publiant un grand nombre d’articles, ils se laissent aller à:

  • Ne pas vérifier une information même très douteuse
  • Publier des ragots
  • Publier des informations avant même qu’elles ne se soient réalisées en tablant sur la probabilité qu’elles se réalisent pendant que le journal est imprimé et qu’ils soient les premiers à l’annoncer
  • Copier bêtement ce qu’écrivent leurs confrères même si l’information parait un peu grosse.
  • Réinterpréter des informations qu’ils ont lu ailleurs, où qu’ils ont reçues de la bouche d’un spécialiste et compris de travers en les présentant comme des vérités premières

Si bien qu’aujourd’hui, le problème n’est plus tant de s’informer, que de trouver les informations pertinentes dans la masse des inepties dont on nous abreuve quotidiennement. Le citoyen qui veut être bien informé doit en plus faire attention à recouper les sources (vu que souvent les journalistes se contredisent entre eux), et se cultiver suffisamment pour apprendre à retrouver sous les âneries du journaliste la vérité qui était derrière. Je ne sais pas vous, mais moi personnellement, quand je vois toutes les âneries que les journalistes de la presse généraliste racontent dans les domaines où je m’y connais, j’ai peur pour tout ce que je gobe sans doute bêtement dans les domaines que j’ignore.

Au niveau des exemples, ils sont légions. Personnellement, j’ai par exemple très modérément apprécié la manière dont les journalistes ont récemment fait du scandale au niveau des affaires religieuses des catholiques. D’abord il y a eu le problème de la levée de l’excommunication des évêques lefèbvristes. Et la levée de boucliers des journalistes à propos de l’évêque négationniste. Je suis sûr que pas un seul des journalistes ne s’est renseigné sur le sens exact du mot excommunication et sur la raison pour laquelle les évêques étaient excommuniés. Pour prendre une comparaison, c’est un peut comme si lors de la révision du procès d’un condamné pour meurtre, un juge finissait par statuer sur l’innocence du prévenu, et que les journalistes faisaient alors du scandale parce que le prévenu à fait aussi un détournement de fond. Ce sont des affaires qui n’ont strictement rien à voir et qui doivent être traitées séparément. C’est d’ailleurs ce que l’Église à fait et l’évêque négationniste a été sanctionné et a fini par se rétracter. Mais on aurait pu se passer du scandale lié à l’amalgame des journalistes.

Ensuite il y a eu le cas de la petite fille colombienne. Je ne reviendrais pas dessus, c’est encore une affaire purement interne au catholicisme, et on se demande ce que les médias viennent faire dedans. Je tiens cependant à rappeler qu’il y a des centaines de femmes qui subissent quotidiennement des atrocités en Afrique et que leurs enfants meurent de faim et que les journalistes n’en parlent même pas et que tout le monde s’en fout. Enfin il y a eu l’affaire des préservatifs. Je rappelle les faits: le pape a dit (en gros) dans une longue déclaration d’une bonne dizaine de minutes  qu’on ne résoudrait pas le problème du sida simplement en distribuant des millions de préservatifs, mais qu’il fallait éduquer la population et rendre les soins gratuits. Et les journalistes sont allés faire du scandale en sortant la phrase que je cite textuellement: « Dans l’avion qui le conduisait en Afrique, Benoît XVI a estimé que l’utilisation du préservatif « aggravait » l’épidémie de sida. « , et de faire du scandale en brodant sur les positions bien connues du Vatican sur le préservatif. A ce propos, je me bornerait à citer les propos d’une catholique pratiquante recueillis par un journaliste (!) : « Le pape prône la fidélité et la chasteté, ça ne me parait pas aberrant« . Pour conclure sur ce thème, remarquons que les journalistes sont beaucoup plus soft avec d’autres religions dont certaines sont bien moins tolérantes et en faveur de la promotion de la dignité de l’homme que le catholicisme.

Et s’il n’y avait que les pseudo scandales catholiques, ça nous irait encore. Mais hélas, les journalistes brodent à tort et à travers dans tous les domaines qui leur sont accessibles. Ici nous apprenons qu’on utilise des termites pour construire une bombe atomique. Là, on apprend que l’on a retrouvé l’Atlantide sur google map. A un autre endroit un journaliste rapporte que de l’acide chlorhydrique a été perdu dans la nature, mais que comme il n’est concentré qu’à 67% ce n’est pas grave. Partout les journalistes nous font des interprétations libre du niveau d’un enfant de deux ans, sans vérifier leurs sources et sans esprit critique.

Et le plus navrant dans tout ça, c’est que le monsieur tout le monde gobe avec délectation les informations insipides et prémachées des journalistes et que lorsqu’un journaliste quelconque comprend de travers une information et l’enjolive un petit peu sous forme de scandale ou de drame à l’eau de rose, l’ensemble de la France se scandalise ou s’émotionne avec lui. Tous ensembles, nous formons les imbéciles utiles, comme disait Lénine. Je voudrais aussi m’élever dans cet article contre tous les préjugés qui ont la vie dure en France, notamment à propos du nucléaire et de tous les militants qui feraient mieux de se mobiliser pour aider les gens dans le besoin plutôt que contre un domaine qui ne représente plus un grand danger aujourd’hui. Pour rappel, la centrale qui a explosé à Tchernobyl était de première génération. Les centrales qui fonctionnent actuellement en France sont toutes de deuxième ou troisième génération, ce qui signifie qu’elles ont été conçue de façon à ce que ce qui s’est passé là bas ne puisse pas physiquement se reproduire. Ensuite, au niveau des déchets, le faux problème qui n’en est pas un. Je rappelle le principe: On extrait du minerai radioactif qui peut être situé n’importe où tant qu’il n’est pas découvert par quelqu’un. On enrichit ledit minerai en éliminant une bonne partie non utile, puis on l’utilise dans une centrale pour produire de l’énergie. A l’entrée de la centrale, nous avons donc du minerai, à sa sortie, également, mais subtilement changé par son passage dans la centrale qui lui a enlevé de l’énergie. Et à la fin on réenterre les déchets non pas là où on les a trouvés, mais dans des endroits sécurisés. Donc en simplifiant un peu, c’est un peu comme si on extrayait et qu’on sécurisé dans des endroits appropriés le minerai radioactif présent à l’état naturel en France. Eh bien figurez vous qu’il y a des gens qui sont contre ça! Ensuite, venons en aux durées de radioactivités. Les journalistes voient qu’il y a des minerais qui sont radioactifs 10 ans, d’autre 100 ans, et certains des milliards d’années, et ils font du scandale à propos des cadeaux empoisonnés que nous allons laisser à nos enfants pour des milliards d’années. Sauf que bien sûr, ils ne sont pas au courant des deux choses suivantes:

  • D’abord, le minerai extrait était déjà du minerai radioactif pour des milliards d’années. Pour rappel l’age de la Terre est d’environ 4,5 milliards d’années. Donc tout minerai radioactif de durée de vie inférieure a largement eu le temps de perdre totalement sa radioactivité. Donc il ne reste forcément plus que ça.
  • Ensuite, le minerai radioactif pour des milliards d’années n’est vraiment pas dangereux. Qu’est-ce que vous préfèreriez? Recevoir une petite goutte de pluie chaque jour, ou qu’un matin quelqu’un vienne vous voir dans votre appartement et vous tire dessus au bazooka?

Ainsi contrairement au préjugé ambiant véhiculé par les journalistes, les déchets radioactifs les plus dangereux sont ceux dont la durée de vie est courte. Et comme ils sont sécurisés dans les zones appropriés et auront disparu d’ici 10 ans, nos enfants ne les auront pas en héritage.

Pour conclure sur cet article un peu long sur les abus du journalisme, voici une petite citation certainement pas la meilleure qui est tirée de Die Hard 4: « L’information est totalement manipulée. Tout ce qu’on entend, à chaque minutes de chaque jour, est conçu par l’ensemble des médias dans le but d’atteindre un seul et unique objectif, vous savez lequel? Créer un climat de frayeur! (…) Une frayeur qui fait claquer de l’argent pour se payer des tas de trucs, des trucs dont on n’a pas besoin, qu’on a surement déjà en six exemplaires, et comme ça les annonceurs continuent d’acheter des espaces pubs! (…)« . Bon c’est un filme de science fiction, donc à  prendre avec des pincettes, mais c’est un peu vrai quand même. Notez au passage l’utilisation par moi-même des « (…)« , que j’ai utilisé pour couper certains passages sans intérêt autre que cinématographique, mais que les journalistes utilisent trop souvent comme justification pour ne citer que les passages qui les arrangent.

Alors pour tous ceux qui me lisent, journalistes ou non, bonne recherche de la vérité vraie, exacte, fouillée, et impartiale :)!

Je vous recommande également la lecture des articles suivants:
Déontologie journalistique: Les étranges propos d’un « spécialiste » du terrorisme de l’AFP…
Tout le monde a intérêt à transformer Internet en Minitel
Et pour illustrer mes propos sur la déclaration du pape et les « (…) », voici un excellent exercice pratique qui vous en apprendra long sur les journalistes et leurs façons de changer le blanc en noir en travestissant au passage la vérité sans aucun scrupule pour des besoins bassement commerciaux:
Benoît XVI et le Sida : petit exercice pratique

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Une réflexion au sujet de « Décadence du journalisme : les faiseurs de scandales auraient ils oublié le sens du mot déontologie? »

  1. Thibault

    Peut-être que le Web est, paradoxalement, la solution à ce « maljournalisme » ?

    L’information étant désormais accessible partout gratuitement (je pense notamment évidemment aux blogs), peut-être que le meilleur moyen pour le journalisme traditionnel (celui que vous évoquez dans votre billet), s’il veut survivre, sera justement de faire jouer le facteur « qualité » en privilégiant les enquêtes, les informations fouillées, que seuls des journalistes de formation (grâce à leur diplôme, leurs réseaux…) sont en mesure de donner au public ?

    Enfin ce n’est qu’une idée… Au passage très bon blog, que je découvre !

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